Covid-19 et les conséquences pour le salaire et la prévoyance (2/2)

Le 20 mars 2020, le Conseil fédéral a arrêté diverses mesures d’urgence en réaction à la pandémie du coronavirus (Covid-19). Les conséquences sur la situation en matière de salaire et de prévoyance de la population suisse font l’objet d’un article de blog en deux parties. Cette deuxième partie aborde l’impact du repli économique sur les rentes de nos systèmes de prévoyance.

A. AVS (1er pilier)

Quelles sont les conséquences de la crise du coronavirus pour l’AVS? Aujourd’hui, on ne peut répondre à cette question qu’avec de nombreuses réserves. Il est certain que la principale assurance sociale suisse souffrira particulièrement du repli économique. Elle est financée par répartition, principalement au moyen des cotisations salariales de la population active. Compte tenu des effets négatifs sur notre économie et de la baisse générale de la masse salariale, il faut s’attendre à un recul des contributions. Les recettes de taxe sur la valeur ajoutée devraient également baisser en raison de l’effondrement de la consommation.

Selon l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), les rentes courantes devraient cependant être garanties initialement, car le fonds AVS dispose de ressources suffisantes. Mais la pression augmente à cause de la baisse conjuguée des revenus du fonds AVS (découlant des pertes sur le marché des actions) et des cotisations perçues (suite à la hausse du chômage). En outre, la situation est aggravée par le fait que la génération du babyboom prend sa retraite à partir de 2020, ce qui augmentera nettement les versements de rentes ces prochaines années.

Il serait donc grand temps de procéder à la réforme de l’AVS qui se fait attendre. Les propositions vont d’une hausse des recettes de TVA au relèvement de l’âge de la retraite des femmes en passant par des sources de financement supplémentaires, p. ex. de la Banque nationale suisse.

B. Prévoyance professionnelle (2e pilier)

Les caisses de pension souffrent aussi des turbulences sur les marchés financiers, si bien que certaines ont une couverture insuffisante. Les réserves de fluctuation de valeur constituées en 2019 grâce à de réjouissantes plus-values boursières seront probablement réduites à néant pour la plupart. Par conséquent, des mesures d’assainissement susceptibles d’entraîner des paiements supplémentaires de la part des employeurs et des salariés risquent d’être mises en place.

Cette situation n’est pas favorisée par le fait que l’examen de la réforme des retraites attendue depuis longtemps a été reporté de deux mois à cause de la crise du coronavirus. Un élément clé est la réduction du taux de conversion des rentes, taux qui détermine le montant de la rente à vie à partir du capital vieillesse épargné. Ce taux doit être réduit de toute urgence, car l’espérance de vie moyenne a augmenté au cours des dernières décennies. 

Les rentes courantes du 2e pilier vont-elles être réduites?
Non, le droit au versement des prestations de pension courantes promises subsiste. Alors que les retraités s’en sortent donc indemnes, les personnes actives risquent de devoir assumer des engagements financiers. Il est possible qu’elles doivent participer aux mesures d’assainissement de leur caisse de pension. Si une caisse de pension est incapable de payer et que son assainissement par les salariés et les employeurs n’est plus possible, on a recours au fonds de garantie qui couvre l’ensemble des caisses de pension. Le fonds de garantie assure le paiement des prestations minimales à concurrence de la part obligatoire de la prévoyance professionnelle, jusqu’à un salaire maximal de 127 980 francs.

Que se passe-t-il pour les salaires supérieurs à cette limite? Ils ne sont pas couverts par le fonds de garantie. En principe, le droit au capital vieillesse indiqué sur le certificat de prévoyance subsiste, sauf s’il s’agit d’un plan de prévoyance 1e. Un tel plan est autorisé à partir d’un salaire annuel de 127 980 francs et permet des stratégies de placement avec une part d’actions allant jusqu’à 80%. En cas d’évolution négative des placements, l’assuré assume lui-même l’intégralité du risque de placement.

Faut-il s’attendre à une baisse des cotisations dans la caisse de pension en raison du chômage partiel?
Non. Bien qu’en général, seulement 80% du salaire habituel soit versé, les cotisations à la caisse de pension doivent continuer à être payées sur le salaire assuré (100%).

C. Que faut-il encore envisager ?

  • Prévoyance privée: elle gagne encore en importance en raison de l’aggravation des problèmes et du retard de la réforme des 1er et 2e En complément des prestations de rente attendues des 1er et 2e piliers, la prévoyance privée permet d’augmenter la prévoyance vieillesse de manière ciblée en épargnant dans le 3e pilier. Le 3e pilier comprend deux parties: la prévoyance liée (pilier 3a, avec un compte de prévoyance ou un plan d’épargne en fonds 3a) et la prévoyance libre (pilier 3b, p. ex. un compte d’épargne ou un plan d’épargne en fonds). L’avantage du pilier 3a est que les versements qui y sont faits sont déductibles du revenu imposable, y compris si le salaire est réduit à cause du chômage partiel: toutes les personnes exerçant une activité lucrative, indépendante ou non, qui perçoivent un revenu soumis à l’AVS peuvent effectuer des versements dans le pilier 3a. Cela vaut également pour les bénéficiaires d’indemnités journalières de l’assurance chômage (y compris les allocations pour perte de gain, voir la première partie). Contrairement au pilier 3a, les personnes sans activité lucrative peuvent également contribuer au pilier 3b. À l’inverse du pilier 3a, les versements dans le pilier 3b ne sont pas déductibles de l’impôt sur le revenu, mais on peut disposer de cet argent de manière flexible à tout moment.
  • Directives anticipées: les directives anticipées règlent les cas où le patient ne peut plus décider lui-même. On y fixe à l’avance les mesures médicales que l’on approuve et celles que l’on refuse. Cela permet aux médecins d’agir en fonction de la volonté du patient et de décharger les proches. À l’heure actuelle, il est vivement recommandé d’aborder ce thème et p. ex. de déterminer le traitement médical que l’on souhaite en soins intensifs si l’on est atteint du coronavirus. Les directives facilitent la prise de décisions difficiles pour les proches et l’équipe de traitement médicale. Pour de plus amples informations, veuillez consulter les liens de l’association des médecins FMH et l’organisation Pro Senectute.
  • Mandat pour cause d’inaptitude: il sert pour le cas où une personne ne puisse plus se prendre en charge ou perde sa capacité de discernement suite à un accident, à une maladie grave ou à la vieillesse. Le mandat pour cause d’inaptitude permet à chacun de s’assurer qu’une personne de confiance réglera les affaires requises. En particulier, les personnes âgées peuvent ainsi établir à l’avance leur volonté, et mandater une personne proche ou un service spécialisé pour régler leurs affaires en cas d’incapacité de discernement. S’il existe un mandat pour cause d’inaptitude en bonne et due forme, il est souvent possible d’éviter des mesures de l’autorité de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA) qui, dans la plupart des cas, impliquent des démarches et des coûts supplémentaires. Vous trouverez des informations complémentaires sur le mandat pour cause d’inaptitude ici.
  • Planification financière: dans une période d’incertitude comme celle que nous traversons, il est particulièrement important d’avoir une vision globale de sa situation financière personnelle, des éventuelles lacunes de prévoyance et des possibilités d’action qui en découlent. C’est pourquoi nous vous recommandons de procéder à une planification financière. Les spécialistes en planification financière de la Banque Migros sont à votre entière disposition. N’hésitez pas à vous adresser à votre conseillère ou conseiller personnel(le) en cas de besoin.

Série Covid- 19:

Première partie: les conséquences pour le salaire
Deuxième partie:les conséquences pour la prévoyance

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