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La durabilité et la numérisation ont également un impact sur la conjoncture du bâtiment

Les répercussions économiques de la pandémie se feront encore sentir dans le secteur suisse du bâtiment en 2021. À moyen terme, néanmoins, les perspectives sont solides. Telle est la conclusion d’une étude réalisée par l’institut de recherche économique BAK Economics pour le compte de la Banque Migros.

Le bâtiment est un secteur important de l’économie suisse. En 2019, avec quelque 34 milliards de francs, le secteur du bâtiment a généré plus de 5% de la valeur ajoutée globale et représentait environ 8% de l’ensemble des emplois (330 000 équivalents temps plein).

Le volume d’investissement massif est particulièrement significatif: quelque 70 milliards de francs sont investis chaque année dans des projets de construction. BAK Economics distingue quatre secteurs entre lesquels se répartit ce volume d’investissement. 

La construction de logements, qui couvre la construction et la rénovation d’immeubles individuels et collectifs, est de loin le secteur le plus important. En 2019, plus de la moitié de l’ensemble des investissements dans le bâtiment était consacrée à la construction de logements. La construction d’infrastructures (hôpitaux, bâtiments de formation) et la construction de bâtiments d’exploitation (bureaux, surfaces commerciales, usines) sont généralement regroupées avec la construction de logements et sont comparables en termes de volume d’investissement (soit environ 15% chacune). Le quatrième secteur est le génie civil (routes, voies ferrées) et représente environ 20% du volume d’investissement. 

Les infrastructures et le génie civil sont financés principalement par des institutions publiques. En revanche, le logement est financé à plus de 90% par des investisseurs privés. L’importance des investisseurs privés dans les bâtiments d’exploitation est tout aussi importante. Cela a des conséquences sur l’évolution conjoncturelle des différents secteurs de la construction. Alors que les programmes d’austérité publics ou les plans de relance tendent à affecter davantage le génie civil et les infrastructures, les fluctuations de l’économie de marché ont un impact plus important sur les bâtiments d’exploitation et le logement.

Évolution de la création de valeur brute réelle

Graphic: Evolution of real gross value creation
Source: BAK Economics

La construction de logements et d’infrastructures a fortement influencé l’évolution des investissements

Ces dix dernières années, la construction d’infrastructures a enregistré une forte croissance annualisée de 3,9%. Cette évolution a été largement portée par la construction d’ouvrages sociaux (p. ex. hôpitaux) et de bâtiments éducatifs. En raison de la quasi-stagnation des dépenses en matière d’infrastructures dans les années 2000 et d’une forte croissance de la population, un net retard s’était creusé, qui a été résorbé au cours de la dernière décennie.

Dans le secteur du logement, la forte immigration a tout d’abord provoqué une forte demande d’habitations et permis une augmentation annuelle des dépenses de construction d’environ 3% en moyenne entre 2009 et 2017. De plus, le faible niveau des taux d’intérêt a entraîné une «situation d’urgence». C’est pourquoi les investisseurs institutionnels, en particulier, ont investi de plus en plus sur le marché immobilier suisse, ce qui a surtout relancé la construction d’appartements locatifs.

Dans les autres secteurs, le «boom de la construction» de la dernière décennie a été moins marqué que dans le secteur des infrastructures et du logement. Dans les bâtiments d’exploitation comme dans le génie civil, la croissance s’est limitée à 1,2%.

Ralentissement cyclique de la conjoncture du bâtiment

Selon les estimations de BAK, les investissements réels dans la construction ont reculé de -1,5% l’an dernier. Alors que le génie civil s’est largement développé avec une progression de 3,0%, le secteur du bâtiment a subi une contraction de -2,7%. Cette évolution doit être considérée de façon nuancée: les mesures prises pour enrayer la pandémie ont indéniablement réduit le rendement des chantiers à l’échelle nationale. En 2020, toutefois, la baisse de la construction de logements a eu un impact majeur sur le développement de l’immobilier. L’augmentation du taux de vacance entraîne déjà depuis 2018 une baisse des demandes de permis de construire pour de nouveaux projets d’habitation. Le recul de l’investissement dans le bâtiment est donc en partie imputable à une baisse cyclique qui n’est pas liée à la pandémie de Covid-19.


Les répercussions économiques de la pandémie se feront encore sentir dans le secteur de la construction en 2021. Cela concerne tout particulièrement la construction de bâtiments d’exploitation, car certains secteurs d’activité souffrent considérablement des conséquences de la pandémie. En outre, la baisse de l’immigration liée au Covid-19 pèse sur la demande dans le secteur du logement.

La construction d’infrastructures a d’ores et déjà atteint un volume annuel élevé en raison du «boom de la construction» de ces dernières années. Actuellement, il n’y a pas d’impulsions supplémentaires, car les nouveaux grands projets compensent principalement les pertes d’investissements des projets de construction achevés. La construction d’infrastructures enregistre donc également une baisse cette année. En revanche, le financement du génie civil est considéré en grande partie comme assuré en raison des fonds existants. 

Dans l’ensemble, on observe un repli de l’activité d’investissement à -0,5% en 2021. La baisse d’activité de la construction devrait se répercuter cette année sur le marché du travail sous forme d’une baisse de l’emploi de 1,0%. Dans le même temps, nous tablons sur une légère augmentation (0,7%) de la croissance de la valeur ajoutée, ce qui n’est qu’une compensation des effets du chômage partiel sur la valeur ajoutée de l’année précédente.

Le coronavirus accélère les tendances structurelles

Dans le commerce de détail, la numérisation et l’e-commerce ont connu un essor significatif en raison de la pandémie. Pour le secteur de la construction, cela implique une augmentation des investissements dans les entrepôts et une plus grande concentration sur les transformations des bâtiments, car les grands magasins et les commerces de détail doivent s’adapter aux nouveaux concepts d’utilisation. 

L’expérience acquise avec le télétravail façonnera les modèles de travail à long terme, ce qui se traduira également en Suisse par une hausse du taux d’occupation à domicile en période post-Covid. 

Croissance de l’emploi (EPT)

Graphic: Employment growth (FTE)
Source: BAK Economics

Cette évolution affectera la demande de surfaces de bureaux. Néanmoins, il est difficile d’évaluer dans quelle mesure pour le moment. Il est clair qu’en ces temps de difficultés financières, les entreprises reconsidèreront leur utilisation des bureaux pour des raisons économiques. D’autre part, les exigences en matière de surfaces de bureau (p. ex. salles de conférence, salles des collaborateurs, etc.) vont également évoluer. Par ailleurs, l’emploi dans les professions fortement axées sur l’usage du bureau continue à augmenter à moyen terme. Globalement, nous tablons sur une hausse à moyen terme des investissements dans la construction de bureaux, malgré la généralisation du télétravail. 

Déplacement de la demande

La généralisation du télétravail a également des répercussions directes sur le marché immobilier résidentiel. Différents sondages montrent que le télétravail a renforcé les exigences en matière de logement, tant en ce qui concerne la surface habitable que l’environnement résidentiel. De plus, le télétravail implique également l’acceptation de trajet plus longs, ce qui déplacera la demande de logements des grands centres vers les zones périphériques. 

En revanche, la pandémie de coronavirus n’a pas affecté la tendance à poursuivre la réduction des émissions de CO2 au niveau des bâtiments. À moyen terme, les exigences en matière d’efficacité énergétique des bâtiments vont encore augmenter, assurant ainsi au secteur de la construction une demande croissante de travaux de transformation et de rénovation.

Croissance des investissements dans la construction

Graphic: Growth in construction investment
Source: BAK Economics

En résumé, on peut dire que les perspectives à moyen terme pour la construction (de 2022 à 2026) paraissent solides. Parallèlement aux tendances décrites ci-dessus, la croissance économique est également un facteur de soutien qui permettra d’atteindre à nouveau le potentiel de croissance à long terme (1,8% par an). Les taux d’intérêt, qui resteront plus longtemps à faible niveau en raison des conséquences économiques de la pandémie, constituent également un facteur positif.

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