L’économie américaine mise à l’épreuve

Récession ou ralentissement modéré? Comment se développe l’économie américaine? À l’aide de cinq graphiques, nous représentons l’économie américaine et éclaircissons certains points.

L’ambiance peut changer très vite. Au dernier trimestre 2018, Wall Street subissait une baisse après l’autre, tandis que les perspectives de l’économie américaine s’assombrissaient. De nombreux investisseurs ont remis en question la politique des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine et la réduction de son bilan, d’autant plus qu’ils commençaient à anticiper une récession aux États-Unis. Mais la nouvelle année a à peine commencé que les Bourses américaines sont à nouveau en hausse. Et les préoccupations conjoncturelles des investisseurs semblent s’être en partie évaporées, du moins provisoirement.

Au total, les risques conjoncturels augmentent

Le chef de la Réserve fédérale américaine Jerome Powell, en particulier, a contribué à ce changement d’atmosphère. Il a récemment laissé entendre que la Réserve fédérale américaine était attentive aux préoccupations du marché et qu’elle était prête à modifier le cours de sa politique monétaire si cela devait s’avérer nécessaire. Le fait que la Réserve fédérale ait changé de cap et renonce, pour l’instant, à relever encore les taux d’intérêt entraîne le soulagement sur les marchés financiers. Certes, l’économie américaine continue de croître par rapport à d’autres (voir graphique 1), mais les signes d’un ralentissement de la conjoncture se multiplient aux États-Unis comme dans l’économie mondiale en général. La faible croissance de la Chine, en particulier, ébranle la confiance des investisseurs. Avec une hausse du PIB de 6,6% sur l’ensemble de l’année 2018, l’Empire du milieu n’avait plus enregistré de croissance aussi lente depuis 1990. Les impondérables politiques, comme le Brexit et le conflit budgétaire de l’Italie avec l’UE, mais aussi le différend commercial entre les États-Unis et la Chine, provoquent également l’insécurité chez les magnats de l’industrie en matière de planification.

Forte croissance économique aux États-Unis

Malgré ces impondérables, l’ambiance s’est améliorée de manière inattendue en janvier dans l’industrie américaine (voir graphique 2). D’après l’indice des directeurs d’achat Markit, l’industrie de transformation américaine est en bonne forme, principalement grâce à une solide demande interne. Le secteur des services, qui représente environ 80% de l’économie américaine, semble cependant ralentir. En janvier, le baromètre correspondant a atteint son niveau le plus bas depuis quatre mois. La demande de produits américains est restée modérée, notamment sur les marchés étrangers. Les indices des directeurs d’achat sont considérés comme des indicateurs précoces de l’activité économique. Un indice de plus de 50 signale que la croissance économique se poursuit. Or les deux indices ont diminué, quoique modérément, depuis mi-2018.

Le secteur des services perd de sa dynamique

L’indice de confiance des consommateurs a lui aussi baissé récemment. Par exemple, l’indice Michigan Consumer Sentiment s’est établi à 91,2 en janvier, son niveau le plus bas depuis deux ans (voir graphique 3). Cet indice est un indicateur du comportement d’achat des Américains. Toutefois, la baisse de confiance des consommateurs n’est pas étonnante. D’une part, parce que la forte correction boursière au dernier trimestre 2018 a eu un effet négatif sur le moral des consommateurs. De l’autre, parce que l’arrêt des activités gouvernementales («government shutdown») a tempéré leur optimisme.

La correction boursière ébranle la confiance des consommateurs

Un marché immobilier en petite forme

Le marché immobilier reste en petite forme, ce qui entrave la croissance économique. L’une des raisons des ventes immobilières décevantes depuis un certain temps est la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis (voir graphique 4). En effet, depuis décembre 2015, la Réserve fédérale américaine a relevé son taux directeur en neuf étapes. Cela a entraîné entre autres une hausse des coûts hypothécaires. L’interruption provisoire du relèvement des taux de la Fed pourrait certes apporter un peu de soulagement sur le marché immobilier. Compte tenu de l’augmentation des taux d’intérêt et de la réduction du bilan de la Réserve fédérale américaine (raréfaction des liquidités et réduction de ses positions en prêts hypothécaires titrisés), il semble toutefois que le marché immobilier ait dépassé son zénith.

Le marché de l’immobilier résidentiel est bien en dessous de l’exercice précédent

Le marché de l’emploi toujours en grande forme

Le marché de l’emploi n’est pas encore en proie à un ralentissement. En janvier, l’économie américaine a de nouveau enregistré une forte croissance de l’emploi. Les employeurs ont créé quelque 304’000 nouveaux postes de travail, soit près du double de ce que l’on attendait sur le marché. Cet indicateur doit toutefois être interprété avec une certaine prudence. En effet, le ministère du travail a dû réviser fortement à la baisse (-90’000) les chiffres initiaux de décembre, pour les ramener à 222’000 nouveaux postes de travail. Mais avec 241’000 emplois créés en moyenne au cours des trois derniers mois, la tendance reste impressionnante, bien que le taux de chômage ait légèrement augmenté à 4% (voir graphique 5). L’arrêt des activités gouvernementales, qui ont repris entretemps, a notamment contribué à cette évolution du fait que les employés d’État étaient partiellement en vacances forcées.

Taux de chômage proche du plancher record

Dans l’ensemble, la création de nouveaux postes de travail devrait ralentir dans le courant de l’année. La croissance économique américaine s’essouffle et compte tenu de la situation tendue sur le marché de l’emploi, les entreprises ont plus de mal à occuper les postes vacants. Le taux de chômage devrait cependant rester proche de son niveau plancher, alors que l’augmentation des salaires pourrait se renforcer. Dans ce contexte, il est trop tôt pour exclure définitivement un nouveau resserrement monétaire par la Réserve fédérale pour 2019.

Dans notre scénario de base, nous supposons que la croissance économique américaine continuera de ralentir en 2019, en particulier dans les secteurs économiques sensibles aux taux d’intérêt. Par contre, nous estimons qu’une récession en cours d’année est peu probable. L’économie américaine s’affaiblit tout en maintenant un rythme de croissance modéré et donne toujours bonne impression dans l’ensemble. Au vu du ralentissement de la dynamique conjoncturelle ainsi que de la faiblesse de l’inflation et du chômage aux États-Unis, la Réserve fédérale devrait d’abord se maintenir dans une position d’attente et observer l’évolution économique future sur les marchés mondiaux, tout comme les sources de risques politiques. Tant que les espaces économiques européen et chinois ne faibliront pas au-delà des attentes et ne connaîtront pas de chocs externes, la Réserve fédérale aura une marge de manœuvre pour faire monter une nouvelle fois les taux d’intérêt cette année.

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